Le Château de Joyeux et son parc

Un peu d'histoire:

A la charnière du XVI ème et du XVII ème siècle les troupes de HENRI IV sous les ordres d'un soudard sans pitié, le Maréchal de BIRON mettent la Dombes Bressane et la Bresse à feu et à sang.
Au siège de Villars un jeune homme susceptible d'une bonne rançon, Laurent Meillet est fait prisonnier. Il deviendra le précepteur du petit fils du duc de Savoie et résidera au château de Sully et à la cour de Fontainebleau.
Entre temps il avait épousé Pernette Nizeret fille du notaire de St Nizier le Désert qui lui avait donné en dot le domaine de Montessuy sur la paroisse de Cordieux à 8 Km de Joyeux, aujourd'hui propriété de la famille Rolland.
Il fut connu à la cour sous le nom de Meillet sieur de Montessuy et écrivit un volumineux livre pour l'éducation du Prince où il raconte dans la marge une grande partie de sa vie.

Ses descendants habiteront Montluel, puis créeront au XVIII ème siècle une maison de soieries à Lyon. Ayant troqué la particule pour un trait d'union, ils commencèrent à acheter des terres sur Joyeux autour de 1800.

La première propriété:

Elle a été construite en bordure du village dans la première moitié du XIX ème siècle. C'était une sorte de grand chalet comme on en construisait à l'époque, avec un parc qui couvrait approximativement la moitié de l'espace séparant le château actuel du village.
Les ouragans des dernières années ont eu raison de presque tous les arbres de cette époque. En 1987 les deux bouquets de grands cèdres ont été arrachés par un violent tourbillon et les séquoias ont au cours des dernières années, soit reçu la foudre, soit été abattus, leurs têtes étant en train de mourir.

Les constructeurs:

Georges Meillet-Montessuy, directeur de la maison de soierie, épousa au lendemain de la guerre de 1870 sa cousine Fernande Eynard, ils n'eurent pas d'enfants mais construisirent le château actuel.
Ils étaient passionnés de jardins et de parcs, de perspectives, de plantations, d'arbres rares. Madame Montessuy laissa, à son décès en 1938, la propriété à sa nièce Georgette Roche de la Rigodière épouse du Marquis de Barbentane, belle-mère de l'actuelle propriétaire.

L'Architecte:

Ils confièrent leur projet à HENRI DUCHESNE.
Celui-ci fut au cours de sa vie l'architecte paysager de bien des domaines, mais il ne le fut que d'un seul château, celui de Joyeux.
Tout fut conçu en fonction du parc et des perspectives axées sur le paysage: terrasses, bouquets d'arbres, étangs, bois et à l'horizon les montagnes.


Intérieurement les références ont été prises sur l'Hotel de Ville de Grenoble, mais comme le montre son album de photos, conservé dans ses archives, aussi en ce qui concerne l'harmonie des voutes sur celles de l'abbaye de Fontevrault.


Extérieurement le paysage proche a été remodelé:
La colline d'origine, le mont La Vigne, a été légèrement rehaussée, la forme de l'étang du miroir (ou Merlan) modifiée par souci de symétrie, le bois de La Montagne Sainte dans la perspective Ouest transformé de carré en oval.
Chaque fenêtre du château permet d'accéder à la fois, à une vue rapprochée sur les parterres des terrasses, aux plantations du parc et aux perspectives lointaines.

La réalisation:

Les communs ont été terminés en 1897 et le château construit entre cette date et 1904.
Le parc a été dans son ensemble dessiné ainsi que les terrasses par Henri Duchesne à l'exception de la terrasse Ouest qui est postérieure et très probablement de son fils Achille, dont nous avons conservé une ou deux correspondances.
Les constructeurs voulant voir par avance le résultat ont fait construire une maquette imposante montée sur roulements à billes et dessiner les parterres à la même échelle.
Le parc a été planté avec soin de chênes d'Amérique, ce qui était une nouveauté, de douglas, de charmilles et de nombreux arbres rares ainsi que d'arbustes à fleurs. Les buis furent répandus à profusion pour garder de la verdure l'hiver.
Les perspectives furent axées sur le Miroir avec les Monts du Bugey et le Mont Blanc à l'Est, la Chartreuse et la Chaîne de Belledone au Sud-Est, les Monts du Beaujolais et du Lyonnais à l'Ouest, l'étang du Chapelier et le village de Versailleux au Nord.

Les modifications ultérieures:

Dans les années 50, les douglas qui avaient été plantés au Nord-Est et au Nord-Ouest en 1897 déjà vieux de 11 ou 12 ans, durent être presque tous abattus. Les derniers le furent dans l' hiver 1976-77 entre les communs et le château.
A cette occasion, du coté du Nord-Ouest, ils furent en grande partie remplacés par des hêtres, et au Nord-Est une place fut laissée libre pour la construction future d'un tennis.
C'est à cette époque que le paysagiste PAGE préconisa la percée Nord-Ouest qui aurait dù devenir une avenue prenant naissance dans un rond point de forêt. Des plantations ont été réalisées le long de la route départementale dans ce but.
En symètrique l' allée de la charmille était modifiée pour déboucher à un autre carrefour de forêt. La grille du parc fut déplacée, mais les plantations correspondantes ne furent jamais terminées.

Dans les années 70 les chênes d'Amérique au Sud-Est sont arrivés à maturité et ont dù être exploités. Heureusement une régénération naturelle s'était produite et les jeunes arbres avaient déjà une petite dizaine de mètres.

En 1971 et 1972 trois nouveaux étangs furent créés. Ils mettent une note de gaieté dans l'axe des percées au Sud-Est et au Sud-Ouest.
On peut remarquer que les terrasses sont légèrement inclinées vers le château de façon à mieux en voir le dessin.

La terrasse Est ou terrasse du chien qui était constituée d'un dessin en camaçeux de petits buis sur du gravier rouge, a été victime d'un bouchage des drains, de sorte que les buis sont morts. Ils ont été remplacés par une pelouse entourée de dahlias nains.

La roseraie au Sud a, elle, été victime du zèle d'un jardinier qui, dans les années 60, a tué 4000 rosiers par erreur de dosage. Les rescapés ont été regroupés sur les motifs centraux et les autres motifs ont été semés en gazon.

Au Nord de la terrasse Est des buis et autres arbustes étaient devenus arborescents; ils étouffaient de très beaux plans de pivoine. A la fin des années 80, ces buissons furent réduits et le cèdre qu'ils cachaient dégagé. Une pelouse fut semée et des fleurs plantées derrière les pivoines.

Enfin une plantation a été réalisée au Sud-Sud-Est au fond du parc pour cacher les nouvelles maisons en construction. Il sera veillé à ce que cette plantation ne monte pas assez haut pour couper la perspective lointaine vers les bois.

La vie continue et le parc participe à l'évolution de notre époque mais toujours dans le souci de conserver l'esprit de ceux qui l'ont créé.